Questions choisies à Mary-Jo Jean-Mairet
Qui sont ces femmes, ces hommes qui s’engagent dans vos associations professionnelles et pour le Syndicat des enseignant·es romand·es? Faisons connaissance en quelques questions-réponses…
Mary-Jo Jean-Mairet
Enseignante 1-2 depuis 1987 canton de Neuchâtel, j’ai eu la chance de vivre des expériences variées:
enseignement d’un an au Québec, formation d’opératrice en horlogerie, cours de français pour adultes, travail dans la restauration et comme femme de ménage, travail en institution pour personnes en rupture ou handicapées. Cela ouvre l’esprit!
Petite fille d’un syndicaliste convaincu (né en 1907) et engagé dans la lutte ouvrière, m’impliquer au SAEN et au SER était une évidence.
Si vous n’étiez pas enseignante, quel autre métier exerceriez-vous ?
Restauratrice d’art pour contrebalancer mon incertitude de manuelle-intellectuelle.
Les aspects positifs de la profession ?
L’impact, l’éveil et le rôle clé dans les premières années d’apprentissage. La relation affective créée par les liens spontanés et sincères qui rend le quotidien humain. La créativité et l’improvisation au quotidien. Le sentiment d’utilité et d’investissement pour poser les bases de l’éducation et du vivre ensemble.
Les aspects négatifs de la profession ?
La charge de travail « invisible » : réunions, rapports, entretiens, réseaux, évaluations… La fatigue physique et mentale : bruit, vigilance permanente, gestion des émotions et un travail qui est en perpétuel mouvement. Les formations obligatoires qui ne sont pas toujours adaptées à la réalité du terrain. Le manque de reconnaissance d’une activité souvent sous-estimée. La gestion des parents de plus en plus intrusifs et de leurs attentes, la remise en doute de nos compétences. Le métier a changé, la marge de liberté se réduit au fil des ans, tout est de plus en plus réglementé et cela « tue » certaines envies spontanées.
Une cause qui me tient à cœur ?
L’éveil à la curiosité, la joie de transmettre la confiance en soi et l’épanouissement émotionnel. Être une des premières figures éducatives en dehors de la famille. Ne pas me contenter de transmettre des savoirs, mais accompagner des vies qui commencent et les adultes en devenir qui feront le monde de demain. La conviction de semer des graines pour demain, même si les fleurs ne poussent pas tout de suite !
Une formation continue que vous conseillez ?
« Youp’là bouge à l’école ! » et « École en mouvement ». Les enseignant·es de ces classes favorisent l’activité physique dans le quotidien scolaire en association avec les différentes branches d’enseignement. L’objectif est d’allier la nécessité de bouger pour être en bonne santé avec les bénéfices du mouvement sur le développement affectif, cognitif et psychomoteur de l’élève.
Quel meilleur conseil vous donneriez-vous si vous vous croisiez à 18 ans ?
Fais ce que tu as envie pour augmenter ton savoir et le transmettre avant d’être « happée » par le système. Tu as la vie devant toi !
Qu’est-ce que vous aimeriez faire, où aimeriez-vous être dans six ans ?
Une retraitée heureuse d’avoir su aimer et motiver ses élèves et de les avoir vus s’épanouir.
Racontez-nous un souvenir fort en tant qu’enseignante ?
Une anecdote traumatisante : Un jour de piscine, je découvre une marque suspecte sur le dos d’un élève. Un triangle avec des cercles : la marque d’un fer à repasser.
Les démarches qui ont suivi, très pénibles…
Comment vous ressourcez-vous ?
Danse, marche, spectacles, repas et jeux entre amis, guitare, tricot, couture, lecture, expositions, concerts…
Une citation qui m’inspire ?
Chaque enfant est une étoile, il suffit de lui laisser le ciel pour briller (généralement attribuée à Danielle Sciaky).
La dernière blague qui m’a fait sourire ?
Quel est le pain préféré des magiciens ?
La baguette ! (Dylan, 5 ans et demi).
Je suis syndiquée parce que…
J’aimerais servir les générations futures. Je bénéficie de l’investissement de mes prédécesseur·es et j’estime important de ne pas perdre les acquis.