, Myriam Facchinetti

Vers une toute puissance des parents?

L’éducation est un partenariat complexe entre les enseignant·es, les élèves et les parents.

L’éducation est un partenariat complexe entre les enseignant·es, les élèves et les parents. Dans ce triangle délicat, les enseignant·es jouent un rôle essentiel en guidant les élèves vers la réussite académique et personnelle. Cependant, un défi persistant auquel sont confronté·es de nombreux·ses professionnel·les est le manque de soutien de la part de leur direction lorsqu’ils·elles font face à la colère des parents mécontents de leurs prestations.

Notre société évolue. En tant qu’enseignant·es, nous faisons face de plus en plus souvent à des parents en colère, aux exigences disproportionnées et à la bienveillance fragilisée. Notre rôle reste pourtant le même: mettre les enfants en contexte d’apprentissage de la meilleure manière possible, tout en respectant les exigences du Plan d’études romand et celles de la nouvelle évaluation par compétences. On peut comprendre que les parents aspirent tout naturellement au meilleur pour leur enfant. Cependant, lorsque leurs attentes ne correspondent pas aux résultats de l’enfant ni aux méthodes pédagogiques de l’enseignant·e, cela peut conduire à des conflits très désagréables et stressants.

Insatisfaction

Les parents peuvent exprimer leur mécontentement pour diverses raisons, allant des résultats académiques de leur enfant à des préoccupations liées à la gestion de classe ou à la conduite d’activités. Les différences dans les styles d’enseignement, les méthodes d’évaluation ou même les divergences philosophiques sur l’éducation peuvent être à l’origine de ces tensions. La pression pour que chaque élève atteigne des normes élevées peut également augmenter le niveau d’anxiété des parents, exacerbant ainsi les conflits potentiels avec les enseignant·es. Nous avons déjà traité ce sujet dans un précédent numéro, en soulignant l’inadéquation de notre système, qui prône à la fois une évaluation par tâches complexes et compétences aux cycles 1 et 2, puis une évaluation plus sommative et parfois disqualificative au cycle 3. Ne nous voilons pas la face: il est aujourd’hui évident, quoiqu’il puisse être mis en place jusqu’en 8e année, que la grande majorité des parents considère comme un échec un cursus secondaire effectué au niveau 1.

Le rôle primordial des directions

Face à des parents en colère, les enseignant·es ont besoin d’un soutien solide de la part de leur direction. Malheureusement, dans des cas encore trop nombreux, ce soutien est insuffisant, ce qui laisse les enseignant·es seul·es pour gérer des situations souvent émotionnelles et délicates. Dans de nombreuses écoles, il existe un manque de protocoles clairs pour gérer les plaintes des parents. Les enseignant·es se retrouvent ainsi démuni·es face à des critiques souvent subjectives et peuvent se sentir peu préparé·es à gérer ces situations. Le manque d’écoute active de la part de la direction peut également aggraver les problèmes. Une direction qui prend le temps d’écouter les enseignant·es, de comprendre leur point de vue et de travailler en collaboration avec eux-elles contribue à désamorcer le conflit et résoudre un malaise palpable.

Mais bien souvent, on ne sait pourquoi, la direction préserve plutôt les parents que les enseignant·es et préfère éviter la confrontation, le conflit. Par peur? Par manque de temps? De guerre lasse? Même si on peut comprendre la volonté de ne pas envenimer la situation, on déplore tout de même le peu d’efficacité à faire barrière entre les enseignant·es et les parents. Il manque aussi parfois une réponse précise aux parents sur la confiance inconditionnelle de la direction envers son personnel.

Répercussions

Le manque de soutien des directions face à la colère des parents a des conséquences évidentes et importantes sur le bien-être des enseignant·es au travail: stress professionnel écrasant, baisse de la satisfaction au travail et, parfois, démission prématurée. La gestion chaotique des conflits avec les parents peut même influencer négativement les pratiques pédagogiques et l’engagement des enseignant·es. Cela peut entrainer également une diminution du sentiment d’accomplissement et de l’enthousiasme lié à l’enseignement. Le soutien des directions envers les enseignant·es confronté·es à la colère des parents est un défi significatif dans le paysage éducatif actuel. Les conséquences de ce manque ne se limitent pas seulement au bien-être des enseignant·es, mais ont des répercussions sur la qualité de l’enseignement et le climat général de l’école. En investissant dans la promotion d’une culture de soutien émotionnel et d’écoute active, les directions peuvent jouer un rôle crucial dans la création d’un environnement éducatif où les enseignant·es se sentent appuyé·es et capables de surmonter les défis liés aux interactions avec les parents mécontents, en gardant en ligne de mire le bien-être des enfants à l’école. Je conclus sur cette citation de Gandhi:
«À une époque, le leadership résidait dans les muscles. Aujourd’hui, il réside dans la façon de traiter les gens.»