, Pierre-Alain Porret

Les espoirs déçus d’une uniformisation jurassienne

Dans la foulée de la création de la HEP BEJUNE, les syndicats cantonaux d'enseignant·es avaient amorcé un rapprochement...

Voici 25 ans naissait la HEP BEJUNE. Cette fusion des anciens instituts de formation des enseignant·es des trois cantons de l’Arc jurassien était porteuse de nombreux espoirs et d’attentes diverses parmi les enseignant·es. L’une d’elles, en particulier, était un rapprochement progressif des syndicats d’enseignant·es, avec plus tard une fusion et la création d’un unique syndicat super-cantonal. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Force est de constater qu’il y a eu des avancées certaines, avec la création de l’Intersyndicale BEJUNE (IE-BEJUNE). Nos trois syndicats (SAEN, SEfFB et SEJ) ont appris à mieux se connaître, à collaborer très régulièrement, à partager des informations importantes. Nous travaillons aussi avec la section enseignement du SSP et nous soutenons l’Antenne syndicale de la HEP, laquelle regroupe les formateurs·trices syndiqué·es. Un partenariat a été mis en place avec les autorités, qui nous permet de rencontrer les étudiant·es en fin de formation (nos futur·es collègues), d’être informé·es des changements dans la formation pédagogique (Commission Formation de la HEP), de donner notre avis lors de consultations concernant les directives et règlements de la HEP et de réfléchir ensemble à l’avenir de la formation et aux risques éventuels de pénurie ou de pléthore d’enseignant·es dans l’Arc jurassien. Tout ceci renforce notre action syndicale, la rend plus efficace et crédible.

Toutefois, l’harmonisation espérée des systèmes scolaires de nos trois cantons respectifs n’a que très peu progressé. L’instruction reste une prérogative cantonale jalousement préservée. Le cadre général de l’école s’est stabilisé avec HARMOS, les objectifs scolaires et les moyens d’enseignement sont de plus en plus partagés avec le PER et les MER, mais l’organisation de l’école, les lois, les règlements et directives ainsi que le statut et la rémunération des enseignant·es restent des prérogatives cantonales. L’action syndicale ne peut donc se déployer qu’à l’intérieur de ces limites et l’espoir d’une fusion de nos syndicats semble toujours aussi utopique.

Et pour l’avenir ?

Doit-on pour autant s’en lamenter ? Certainement pas. L’IE-BEJUNE existe, elle est active et reste un outil indispensable, donnant aux associations d’enseignant·es une possibilité de regard sur l’organisation de la formation pédagogique, avec le privilège, régulièrement utilisé, de pouvoir poser des questions, de transmettre celles de nos collègues, de partager nos réflexions et points de vue sur le domaine de la formation, en perpétuel mouvement. Songez simplement à la question de l’influence du numérique et de l’IA sur les apprentissages…

Au mois de juin, le Conseil Représentatif de l’IE-BEJUNE se réunira à Saint-Imier. Nous y parlerons des actions menées cette année scolaire, mais aussi d’une refonte complète des statuts de l’IE, afin d’alléger son fonctionnement, de le rendre plus souple et dynamique, tout en étant moins coûteux. Notre objectif est de mieux utiliser les ressources humaines et financières à disposition, afin de servir efficacement les intérêts de l’école et des enseignant·es dans l’Arc jurassien. Nous pourrons ainsi continuer d’être actifs à plusieurs niveaux, local, cantonal, régional et romand, en gardant la vision, depuis plus de 150 ans, de construire l’École romande. Ceci n’est pas seulement un souhait. C’est une nécessité, si nous voulons préserver la qualité de notre enseignement dans une société qui évolue de plus en plus vite. Seuls, on va parfois plus vite. Mais ensemble, on est plus forts !