APPEL – CRI D’ALARME
Notre école est en souffrance. Les élèves ainsi que les équipes pédagogiques subissent de plus en plus de dysfonctionnements que les moyens actuels ne suffisent pas à combler. Nous n’y arrivons plus.
Ces dernières années, nous constatons chez nos élèves une accélération alarmante des comportements inappropriés, ingérables, et cela dès le plus jeune âge. Nous notons une augmentation constante d’élèves présentant des troubles d’apprentissage, du comportement, HPI, TDAH, TSA, allophones et autres. Cela nous contraint à individualiser de manière excessive notre enseignement. Nous percevons également chez nos élèves un accroissement vertigineux de l’inaptitude, voire du refus de respecter les règles sociales, scolaires et de sécurité. L’incapacité à gérer la frustration, les incivilités, l’irrespect du matériel et des personnes, le langage grossier et la violence augmentent de manière préoccupante. Nous observons chez nos élèves un manque d’autonomie et une difficulté grandissante à vivre en collectivité. En tant que pédagogues, nous devons développer intensément le travail sur le savoir-être au détriment des autres savoirs. L’équilibre entre ces types d’apprentissage est en péril. Les conséquences de cet état de fait sont nombreuses. Vous pourrez le constater vous-même à la lecture des divers témoignages annexés.
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De nombreux élèves subissent un climat de classe défavorable aux apprentissages et les élèves motivé·es et compétent·es sont, à notre grand regret, régulièrement délaissé·es.
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Certains parents manifestent leur inquiétude à la suite des témoignages de leurs enfants. Ces craintes légitimes engendrent une dégradation du lien de confiance école-famille.
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Les enseignant·es se retrouvent dans l’impossibilité d’exercer convenablement leur métier et de répondre pleinement aux exigences toujours croissantes du système scolaire. Cela impacte les connaissances et les compétences scolaires de tous·tes les élèves. La frustration, le découragement et l’épuisement des professionnel·les de l’école s’accroissent. Les arrêts maladies sont toujours plus fréquents, l’organisation des remplacements est difficile à gérer.
Nous sommes conscient·es que l’État de Neuchâtel et les communes octroient un financement important pour soutenir les élèves et les enseignant·es. Nous saluons l’aide actuellement mise en place et remercions vivement les personnes qui en sont responsables. Toutefois, la diversité des élèves est si large et leurs besoins spécifiques si intenses qu’en finalité, le soutien reçu dans les classes reste insuffisant. Les professionnel·les sont submergé·es et les listes d’attente chez les spécialistes (orthophonie, pédopsychiatrie…) sont importantes. Le délai de prise en charge est de plusieurs mois. Les parents concernés sont souvent démunis et l’école peine à leur fournir le soutien et l’accompagnement nécessaires.
Les attentes de la société en matière de formation sont de plus en plus élevées. Mais le fossé se creuse entre la réalité du terrain et des ambitions scolaires inatteignables (nouvelles exigences du PER, éducation numérique, découverte des religions, PRIMA, ANIMA…). L’évolution vers une école plus inclusive sans mesures de soutien adaptées nous inquiète. Notre préoccupation est grande concernant l’avenir. La santé physique et psychique des élèves ainsi que des professionnel·les de l’école est aujourd’hui menacée. Au nom du collectif d’enseignant·es que nous représentons, nous vous remettons des demandes concrètes pour le présent et l’avenir proche.
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Nous demandons une centralisation et une simplification de la gestion des mesures d’aide au sein de l’école, afin d’accélérer les procédures permettant de mener à bien les divers bilans visant à mettre en place des mesures adéquates pour chaque élève concerné.
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Nous demandons un renforcement des services socio-pédagogiques (engagement de personnel supplémentaire qualifié), afin d’être en mesure d’accompagner tous les élèves qui en ont besoin.
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Nous demandons que la présence d’un binôme de professionnel·les qualifié·es (enseignant·e, éducateur·trice/assistant·e socio-éducatif·ve/enseignant·e spécialisé·e) soit systématiquement mise en place dans les classes surchargées par le nombre d’élèves et/ou par le nombre de problématiques différentes à gérer.
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Nous demandons que les problématiques éducatives lourdes soient prises en charge par des enseignant·es spécialisé·es ou des éducateurs·trices afin que l’enseignant·e puisse offrir un climat propice à l’apprentissage pour tous.
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Un enseignant ne devrait pas cumuler plusieurs fonctions. Nous demandons une réaffirmation du rôle premier de l’enseignant·e au service des apprentissages.
Centre scolaire de la Côte, le 6 novembre 2025